4 – Perdre le moins possible

4 – Perdre le moins possible

Je redeviens fumeur passif le temps d’une soirée. Assis à une table de 1/2 à Lausanne, je suis positionné entre deux pompiers qui font tourner des joints de shit dont les odeurs agressent mon nez. La table est détendue ; on y compte huit joueurs, parmi lesquels beaucoup d’amateurs qui n’ont cavé que 100 francs.

Après plus d’une semaine sans jouer, cette soirée marque mon retour aux tables, qui pourrait mieux se dérouler : en deux heures de jeu, je n’ai eu que très peu d’action et aucune impulsion de bonnes cartes ne vient aider mon stack à grossir, où à maigrir moins rapidement. Il semble que la Fortune n’ait pas apprécié l’abandon que je lui ai fait souffrir.

Je n’y pouvais rien pourtant, ou bien pas grand-chose. Plusieurs soirs d’affilée, c’était ma voiture qui dormait chez ses mécaniciens et me laissait sans mode de transport. Le reste du temps, mes dispositions inflammables me gardaient d’aller brûler mon argent sur le tapis vert. Une humeur exécrable ne vous empêche pas de gagner, mais une fois que vous commencez à perdre dans un tel état, les pertes ne sont pas aussi minimes qu’elles devraient l’être — et je connais mes tendances à trop vite me détacher de la vue d’ensemble sous de grises émotions. Aujourd’hui le ciel n’était pas moins nuageux, mais je me suis forcé malgré tout à venir jouer : le field ici est plus soft qu’autre part, l’ambiance sympathique, et la nourriture offerte.

Il est 20 heures et les sandwichs qui nous avaient été préparés ont tous fini d’être engloutis. Le jeu reprend.

Il y a option à la table, posée par l’un des seuls joueurs qui a cavé plus de 200 francs au départ. Tout le monde fold avant moi et j’ouvre au bouton :  

86.

Il reste trois joueurs à parler et si je décide de relancer, à cause de l’option, il faudra que je vise les 12 francs : cela fera un peu trop grossir le pot à mon goût pour cette main, surtout si le joueur UTG se décide à 3-bet. Avec 250 francs, je couvre les trois joueurs restant, et choisis de juste call en vue de payer si un autre joueur relance ; sinon je ferai grossir le pot plus tard si le board me convient.

Après moi, la SB paie l’option, le joueur en BB se couche, et le joueur UTG relance à 15 francs. En position, je paie facilement, et la SB aussi.

Il y a 47 francs au milieu et le flop vient :

9♠ 54.

Check de la SB, et le joueur UTG fait suite à son agression en misant 20 francs. La parole me revient et plusieurs options se présentent — folder est la moins intéressante d’entre elles. Je peux float, tenter de réaliser mon équité avec ma gutshot et les carreaux en backdoor, en comptant sur la côte implicite et potentiellement bluffer par la suite si le run-out est opportun. Sinon, je peux relancer sur ce flop qui touche bien ma range perçue pour gagner le pot tout de suite — ou toucher le gros lot si je me fais payer et qu’un 7 sort.

Plusieurs raisons me font pencher vers un simple call : le joueur en SB n’est pas très agressif et relancera très rarement si je call, tandis que le joueur UTG qui a misé n’est pas des moins combattants. Le fait qu’il ait posé un straddle a possiblement empoisonné nos réflexions et je m’attends au pire : j’ai vu un bon nombre de joueurs, solides ou non, prendre des lines plus déviantes qu’un délinquant sexuel dans l’unique but de défendre leur option. Par expérience, je lui impute un ratio bluff/value biaisé par son straddle, mais si mon adversaire est conscient de cela, il pourrait à son tour s’imaginer que je suis plus souvent en bluff si je relance ici — et je ne l’imagine donc pas cesser de se battre pour ce pot aussi facilement. De plus, je jouis toujours de la position absolue dans ce coup, et pourrai tranquillement évaluer mes options à la turn.

Je paie, SB fait de même, et la turn vient :

(9♠ 54)- 9.

SB check, et plus peiné UTG fait de même. Le pot fait 107 francs et la turn m’ouvre un tirage carreaux en plus de ma ventrale. UTG n’a probablement pas de 9 : j’interprète son check comme un give-up chagriné après deux tentatives de bluff avec air. Le joueur en SB pourrait avoir beaucoup de mains qui ne détiennent pas de 9 non plus — avec un stack d’une cinquantaine de blindes et sans réelles bases théoriques, préflop il aurait pu payer depuis la SB avec des petits as suités, qui pourraient lui donner un tirage quinte ou une paire de 4 ou de 5 : ce sont ces mains que je vais cibler pour le semi-bluff que je prépare, lourd de 80 francs, annonçant résolument que j’ai un 9 et qu’il faudra être prêt à payer pour prouver le contraire.

Le joueur en SB fold rapidement. UTG, quant à lui, me fait savoir qu’il a une vraie main, et qu’il n’est pas prêt à folder tout de suite. Il hésite, tergiverse et hésite encore, répété que ça n’est pas possible, une telle turn… Il se sait vaincu, sait qu’il doit folder : il est pleinement conscient que c’est la chose à faire — jusqu’à ce que…

Pendant tout le long de la main, le joueur en BB qui s’était couché préflop fumait paisiblement son gras joint de shit ; et sur cette turn devant ma mise, pour aider son ami dans sa prise de décision, il lui tend ce calibre enrobé d’une feuille brune :

— Le joint de la force, fume dessus, lui conseille-t-il.

Mon adversaire accepte ce cadeau et reprend sa réflexion, rythmée par les mouvements de la fumée qu’il expire — et après deux bouffées, il craque. Tapis annoncé, résigné, convaincu d’être perdant : mon adversaire pense me faire don de 200 francs en jetons. Je n’imagine pas que mon tirage est assez bon pour payer : Il me faut rajouter un peu moins de 120 francs dans un pot qui en fait déjà 380. Alors j’encaisse la perte sans chasser de carreau ou de 7, et mon adversaire montre une paire de rois, fier de la résilience de ces barbus.

— Je me suis dit que peut-être un roi tombe à la rivière et je prends tout ! Sinon je sais que je peux pas payer !

La main aurait été plus facile à décrypter s’il n’avait pas posé de straddle, je me dis pour me consoler. Face à une relance UTG j’aurais agi avec plus de précaution, mais à travers son option le poison avait été versé dans mes pensées ; et je ne pouvais pas l’imaginer avec une si forte main.

La partie continue : malgré les coups durs je ne peux pas gagner si je ne joue pas. Mais de la même manière qu’aucune carte ne vient soulager ma cave anorexique, mon humeur ne trouve pas en moi les sentiments qui suffiraient à l’alléger. Les joueurs se connaissent pour la plupart et rigolent entre eux et avec le croupier ; moi aussi les ai quasiment tous vu plusieurs fois, pourtant je ne trouve pas ma place. Ce soir je n’ai pas même la force de la chercher : regrettant de m’être déplacé, je reste assis, assujetti et mis à nu par les cruels vents de la Chance qui pourraient m’échauffer s’ils me soutenaient ; en attendant qu’ils se ravisent, je pense déjà au retour.

Ce soir, pour la dernière fois je pourrais rouler avec ma voiture dans la légalité. Des soucis imprévus se sont additionnés avant que je puisse valider le contrôle technique, et m’occuper d’eux impliquerait trop de frais que je ne pourrais pas digérer. Il a fallu que je renonce à la réhabiliter alors même qu’elle roule à peu près parfaitement : les problèmes accessoires de rouille et de pollution ou d’électroniques sont nombreux, m’échappent et me dépassent. Je prévois de la ranger, possiblement au chaud, en attendant d’économiser les sous qui suffiront à la remettre en état. En attendant, à partir de minuit, le contrôle technique sera dépassé et l’assurance deviendra inopérante — et ce malgré les pneus hivers neufs que j’ai fait poser dessus il y a deux semaines.

Il faut apprendre à vivre avec cet optimisme parfois délirant, la cause de bien des défaites aux tables autant qu’en dehors.

♠  ♦  ♣  

Quelques tours plus tard, le hijack qui est un bon joueur très tight relance à sept francs. Le bouton call, et en SB j’ouvre :

J♠ J♣.

Je choisis de 3-bet, même si j’imagine qu’un call pourrait convenir contre l’ouverture d’un joueur tight. Je relance donc à 30 francs, et après moi la BB couche, hijack aussi, et seul le bouton, avec un stack de 160 francs, paie après un semblant d’hésitation — je me souviens alors qu’en arrivant il racontait son après-midi passé dans un restaurant à boire avec des clients pour un déjeuner d’affaires. Âgé de la vieille trentaine, il semble quelque peu compétent mais je lui attribue un sens du discernement atténué par les effets de l’alcool. Pour payer ici, je lui trouve un éventail de mains très réduit : des pocket pairs en majorité et possiblement des bons connecteurs suités. Le flop :

5A 5.

C’est à moi de parler. Je n’aime pas tant ce flop, mais ma lecture préflop reste la même : j’imagine chez mon adversaire bien plus de paires intermédiaires, allant de 6-6 à 10-10, que d’as. Alcoolisé, pourra-t-il les coucher aussi rapidement, sur un flop qui me rate une partie du temps si je peux 3-bet en bluff ? Je finis par conclure qu’il y a de la value à prendre ici, et que checker serait une erreur. Le pot fait environ 70 francs et je mise 30 de nouveau.

Mon adversaire prend une pose philosophe : il cherche à déceler la vérité qui se cache derrière ma mise. Son dos est collé droitement à son dossier, ses bras forment un rectangle allant de son abdomen à son menton, et une main lui sert à se caresser la barbe. Est-ce le reste d’alcool dans son sang qui le rend si pensif ? Je me demande avec quelles mains il peut se poser de si préoccupantes questions. J’ai du mal à le déterminer, mais à ma grande surprise il décide de relancer à 100 francs, laissant 40 francs à son stack.

Je ne comprends pas : s’il avait un as, il devrait avoir peur de relancer tant j’ai le droit d’avoir A-K ; puis pourquoi se laisser 40 francs derrière ? Jouerait-il un tirage coeur de cette manière ?

Je n’imagine pas des as moins bien kickés que A-J relancer ici ; de plus, ma mise n’étant pas énorme, je le vois davantage payer avec un tirage cœur que relancer. Il lui reste les paires intermédiaires, et son alcoolémie supposée m’entraîne à lui inférer un raisonnement que seuls les joueurs sans connaissances théoriques, notamment alcoolisés, peuvent régulièrement démontrer. L’ayant vu se poser beaucoup de questions avant de relancer, je me représente ainsi le cheminement qui a dû traverser ses pensées :

— Soit il a l’as, soit il ne l’a pas… Avec ma paire, je bats tous ses bluffs… Mais si je ne fais rien, je serai obligé de me coucher s’il continue à miser… Vu qu’il est peut-être en train de bluffer, je vais essayer de gagner le pot tout de suite… !

La frontière entre bluff et value est brouillée par ces profils qui s’attachent à des mains assez pour envoyer tapis dès le flop, mais pas assez pour payer trois fois, flop turn puis river.

Essayant de démêler le vrai du faux à mon tour, je compte que je dois rajouter 70 francs pour payer sa relance, 110 francs pour le mettre à tapis, ce qui revient essentiellement au même. Le pot fait déjà 190 francs. Mon read me semble plausible : quelques fois je ferai face à A-J, A-Q ou plus rarement A-K, mais assez souvent des paires de dix, de neufs ou autres. Commit, je relance alors à tapis, et mon adversaire est saisi d’un désenchantement palpable — mais il paie quand même. Son mécontentement devant mon tapis me réconforte dans l’idée que j’ai la meilleure main : la turn et la river ne font rentrer aucun cœur, et je montre ma main. Il regarde ma paire et s’exclame :

— Ouh ! J’ai serré les fesses en payant quand même !

Il montre son jeu : A♠ 4♠.

Manifestement mon read était à côté de la plaque. Étais-je si loin du compte ? Y a-t-il un univers parallèle où cette main s’est achevée avec ma victoire, contre 9-9 ou 8-8 ? Je ne peux que l’espérer. C’est plus simple qu’admettre une erreur aussi grossière : payer un tapis avec une paire de valets sur un board qui montre un as, je l’ai fait une fois par le passé et pensais avoir retenu ma leçon — apparemment pas.

Je continue à perdre comme si j’avais oublié comment faire pour gagner. Avec ma tête de mort et des pensées noires qui déteignent sur le décor, j’ai tout d’un drapeau pirate — et la défaite ronge les os de mon crâne.

Même sans l’aide de ces mains problématiques, ma bankroll a pris un coup récemment  : pour remplacer la XM sur le point d’expirer, j’ai fait avant-hier l’acquisition d’une nouvelle voiture, moins chère, que j’ai récupérée avec un vice caché malgré le contrôle technique récent qui l’accompagnait. Je ne demandais qu’à trouver une voiture qui ferait taire les maux de tête que m’incombe l’entretien de la XM, pour que je puisse continuer à faire mes kilomètres et aller jouer l’esprit évidé de ces tracas mécaniques — mais même une tâche aussi anodine doit enfanter son lot d’anicroches.

Je me retrouve ainsi coincé avec une voiture condamnée à aller de l’avant à cause d’une marche arrière non fonctionnelle, impossible à réparer immédiatement à cause des fêtes et des vacances que s’offrent tous les garages de la région.

— Si tu voulais une voiture sans problèmes, il fallait chercher pour cinq, six mille euros ! m’expliqua le vendeur.

Comme au poker, j’aurais besoin de meilleures cartes pour arrêter de perdre — une meilleure carte de crédit aurait fait l’affaire.

♠  ♦  ♣  

La soirée continue sans que Fortune ne repose ses yeux sur moi. Il est environ 22 heures. J’ouvre une bonne main après une seule relance du bouton à 10 francs :

K Q.

Plutôt que 3-bet, je décide de call avec cette main qui joue très bien postflop et qui domine une partie de la range très loose d’une relance au bouton. La grosse blinde call aussi, et à trois nous voyons le flop suivant :

K54♣.

Nous checkons jusqu’à laisser le bouton parler, et ce dernier exécute sa mise de continuation : 20 francs dans un pot qui en fait 30. Je ne vois pas trop d’intérêt à relancer avec ma main qui pourra facilement encaisser plus de pression par la suite, donc je paie ; la BB fait de même. La turn :

(K54♣)- 8♠.

Je check de nouveau, et mes deux adversaires pareillement. La rivière vient :

(K54♣- 8♠)- Q.

Premier de parole, ce spot complexe stimule tous les recoins de mon intellect tant j’aime cette river autant que je la déteste. Si quelqu’un a les cœurs, je devrai payer au moins 70 francs pour vérifier les papiers ; pourtant ma double paire pourrait extraire de la value sur un bon nombre de combinaisons chez mes adversaire, des mains qui en majorité ne s’aventureraient pas à miser maintenant que trois cœurs sont exposés.

Finalement je mise 35 francs dans ce pot qui en fait 90, pour me faire payer par des rois — il faudra néanmoins que je fold si je fais face à une relance.

La BB paie : à priori c’est une bonne nouvelle. Vient le bouton, qui tout de suite relance à 100 francs. C’est là le même joueur qui s’était régalé de mes jetons avec son A-4 suité tout à l’heure — mon envie de revanche refait surface mais j’arrive à la contenir, et conformément à mon plan d’action je me résigne à folder. La BB paie et le bouton montre J9pour une flush. Le payeur dira qu’il avait deux paires aussi, sans les montrer.

Aurais-je pu remporter le coup si j’avais appliqué plus d’agression ? Ou bien ai-je perdu le minimum ? La ligne est difficile à tracer, donc j’arrête d’essayer et me concentre sur les mains qui suivent, en prenant le temps d’annoncer mon départ dans une demi-heure. Mon humeur est trop grave et ma passion trop absente pour continuer à endurer des coups comme celui-ci.

Dans ces derniers temps, j’ouvre au hijack :

A♠ 10.

Tous se sont couchés avant moi, donc j’ouvre les enchères avec une relance à huit francs. Je me fais payer par quatre joueurs, dont les deux en blindes. Le flop vient :

K♠ Q♣ 6♠.

La parole me vient après que les blindes checkent, et ma main me semble être un bon candidat pour c-bet sur ce board qui m’avantage fortement. Si besoin est, je suis prêt à envoyer deux voire trois barrels car je sais que des dames pourront se faire collantes. Dans un pot de 32 francs je mise 25, et tous couchent sauf le joueur en grosse blinde, plus formé au poker que le reste de la table, et qui joue avec une profondeur de 400 francs et quelques. Il reste à mon stack 200 francs après cette mise au flop, pour un pot qui en fait maintenant 82. La turn :

(K♠ Q♣ 6♠)- 4.

Mon adversaire check, et j’exécute le deuxième acte de mon plan en misant 70 francs. Je veux faire coucher les dames et c’est pour moi le meilleur moyen d’y arriver, en m’appuyant sur le fait que mon adversaire est serré et que mon image de bluffeur s’est amoindrie ces derniers quarts d’heure.

Cela dit, voyant que je joue encore 130 francs derrière, plutôt que payer ou coucher mon adversaire préfère relancer à tapis : m’obligeant à renoncer au pot, sans que je n’arrive à déterminer s’il s’agissait là d’un play standard ou d’un spew de ma part. Quand la défaite s’introduit chez vous, elle tend à guider jusque dans votre salon son animal de compagnie : le doute.   

Il demeure que je suis soulagé d’atteindre la fin de la session. J’en ai assez de perdre ; et je ne peux pas perdre si je ne joue pas. Je termine la journée avec 100 francs en jetons, soit une perte de 400 francs. Je remercie l’hôte et salue les autres joueurs avant de m’éclipser. Il n’est pas minuit : la XM est encore valide et au moins là je ne risque pas la défaite au cours d’un contrôle par la police ou la douane.

Dans une semaine environ, je ferai réparer la marche arrière de ma nouvelle voiture. La semaine qui suit, je devrai partir à Bruxelles pour un ultime examen d’espagnol qui me permettra d’obtenir pour de bon mon bachelor. Il est peut-être préférable que je me concentre sur ces deux victoires à saisir avant qu’elles ne se transforment elles aussi en défaites additionnelles. Je retournerai jouer quand j’aurai réappris à gagner d’abord dans la vie ; ensuite j’essaierai à nouveau aux tables. Autrement, les soirées à venir sont vouées à me sembler plus froides et plus revêches qu’elles ne le sont déjà cet hiver.

Dans Le Seum D'Un Semi-Pro

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